Les Fruits rougesLa littrature, cest l o jai tout appris, et lamour et le sexe et tout. Et ma fausse couche nexiste pas dans ce monde l. Non seulement la littrature ne ma pas prpare ce qui marrive, mais elle ne ma rien dit non plus de sa posie. Dabord, mes mots ont suffi. Jai voulu rester nue, jai voulu rester seule. Puis, au del de cet enfant perdu ltat de rve, ce qui ma manqu, ce sont les mots des autres. Jai eu besoin dhistoires, dimages, de pomes. Je me suis mise
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« La littérature, c’est là où j’ai tout appris, et l’amour et le sexe et tout.
Et ma fausse couche n’existe pas dans ce monde-là. Non seulement la littérature
ne m’a pas préparée à ce qui m’arrive, mais elle ne m’a rien dit non plus de sa
poésie. D’abord, mes mots ont suffi. J’ai voulu rester nue, j’ai voulu rester
seule. Puis, au-delà de cet enfant perdu à l’état de rêve, ce qui m’a manqué, ce
sont les mots des autres. J’ai eu besoin d’histoires, d’images, de poèmes. Je me
suis mise à creuser le blanc qui m’entourait.
J’ai découvert que beaucoup de femmes vivaient des grossesses comme la mienne,
coupées, arrêtées, et que quelques-unes
avaient écrit à ce sujet, l’avaient représenté. Ces autrices, je les
connaissais, mais pas comme ça. J’ai suivi mes traces rouges : je suis arrivée à
elles. »
En s’appuyant sur les œuvres de femmes qu’elle admire, telles Sylvia Plath,
Annie Ernaux, Audre Lorde ou Frida Kahlo, Anna Meril offre un récit ardent et
inédit sur le prisme de la couleur rouge. À travers cette variation autour de la
douleur et du désir, elle trace le chemin du sang perdu et retrouvé.